I do want to do something.


Before I gave the book away
May 30, 2011, 3:57 pm
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“L’hiver, la nuit, rentrant de son travail de barman de nuit, Noureddine monte s’asseoir en face de moi, travailant sur mon matelas, bien droit sur la chaise, dans son odeur native, cedre, chene-liege, genevrier, olives ecrasees et benjoin, que le gel dont il vient renforce: il me raconte les histoires de coin du feu, de sa grand-mere des montagnes. Il est aussi celui que j’aurais voulu etres, simple, subtil et beau comme la Nature et le commerce, avec beaucoup d’enfants dans ses reins.” Pierre Guyotat, Coma, p.28-29

“Maintenant, non de maladie, mais d’epuisement, elle commence sa mort, j’arrange ses oreillers, ses cheveux, Samora aux grands cheveux, l’aide a boire- de quel absolu a-t-ell encore soif? Elle m’a toujours aime comme mes soeurs et freres, mais l’oevre que je fais et meme quelques-unes de mes activites politiques et sociales d’alors, Comite de soldats, prostituees de Lyon, etc., la troublent. Ainsi qu’une de mes soeurs fait, jadis aupres de ma mere dans ses derniers mois, qui depuis quelques annees, voulant distribuer egalement son amour a tout ses enfants, la prive du surcroit d’affection qu’elle lui donne d’ordinaire, j’entretiens et prepare sa beaute pour sa fin, pour elle, delivrance vers l’au-dela- mais que lui reste-t-il alors de sa foi?

Notre mere, pres de sa mort, avant que nous ses fils rentrions dans sa chambre et jusqu’au matin de sa journee d’agonie a laquelle nous prenons tous part, se fait et laisse embellir par nos soeurs.

Elle meurt une nuit apres ma visite. Comme elle a donne son corps a la Science, que c’est la soeur de notre mere, je peine a sortir de la salle de morgue ou j’ai aide a ranger son corps dans le tiroir, j’ai mis dans ses mains un petit bouquet et un mot pour les “depeceurs”. Son enterrement: je me retire de la comedie, je reste dans notre exception commune.

Tout ce temps, je le vis entre l’obscurite des lieux d’accouplement et le verbe d’Histoires de Samora Machel-bougies, lampes a petroles, souffles- et la veilleuse de la chambre d’hopital ou respire, du meme souffle qu’elle, la soeur de notre mere.” Pierre Guyotat, Coma, p. 84-85

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